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Technology, security analysis

Idées reçues sur la réponse technologique britannique à la COVID-19

Aidan FitzpatrickPublié le 30 juin 2020Mis à jour le 7 juillet 2020
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Après notre analyse en mai de l’application de traçage NHSX du Royaume-Uni, l’annonce du passage du pays aux API de notification d’exposition d’Apple et de Google, et l’apparition récente du suivi des contacts sur les iPhone, je partage une analyse de ce qui s’est passé depuis.

La politique a joué un grand rôle dans la manière dont la réponse britannique à la COVID a été communiquée, et plusieurs idées reçues circulent.

La première idée reçue est que le gouvernement s’était engagé à faire cavalier seul (« going it alone »). Il est vrai qu’il a annoncé vouloir essayer, mais il est également avéré qu’il a aussi passé un contrat pour développer une implémentation reposant sur l’API d’Apple et de Google. C’était le 6 mai 2020, et le contrat est consultable ici. C’était avant l’essai sur l’île de Wight, et avant toute analyse externe de l’application NHSX.

La deuxième idée reçue est que l’application NHSX aurait été insuffisamment testée. Au lancement de l’essai sur l’île de Wight, le NHSX a publié son application en open source et partagé plusieurs documents sur la manière dont elle avait été conçue et testée. De nombreux journalistes m’ont demandé si nous estimions que ces documents montraient qu’une méthodologie de test adéquate avait été employée. Ce que Reincubate a découvert et détaillé, c’est que l’équipe du NHSX avait trouvé une technique inédite pour tenter de remédier aux lacunes de l’application australienne de traçage des contacts, mais qu’on ne savait pas clairement dans quelle mesure elle fonctionnerait.

Les commentateurs, les analystes spécialisés et la société de cybersécurité mandatée par la BBC n’étaient certains de rien, hormis du fait que l’approche d’Apple et de Google présentait des avantages techniques, et que la seule façon de déterminer l’efficacité de cette technique compte tenu de ses limites serait de la tester.

Bien sûr, le test idéal d’un système aussi complexe consiste à le déployer auprès d’un nombre raisonnable d’utilisateurs afin de recueillir des données réelles sur son fonctionnement. C’est exactement ce qui a été fait, et il est étrange que certains commentateurs aient confondu l’essai sur l’île de Wight avec un déploiement qui n’était pas un essai.

Troisièmement, certains pensent à tort que l’application NHSX était un gaspillage d’argent, ou qu’elle a retardé le déploiement par le gouvernement d’une application « fonctionnelle ». Ce raisonnement est erroné pour deux raisons. Comme je l’écrivais dès mai, déployer une application s’appuyant sur l’API d’Apple ou de Google n’était pas une option réaliste. J’avais partagé les quatre points suivants :

  • iOS 13.5 n’a pas été publié, et ne le sera peut-être pas avant plusieurs semaines
  • Jusqu’à hier, la dernière version bêta d’iOS 13.5 présentait une faille de sécurité majeure, ce qui suggère un gros travail en cours dans les équipes d’ingénierie d’Apple
  • Une fois publié, il faudra probablement des mois pour que la majorité des utilisateurs d’iOS l’installent (fait inhabituel, l’adoption équivalente sur Android pourrait être plus rapide)
  • Les appareils iOS plus anciens, comme l’iPhone 6, ne peuvent pas exécuter iOS 13 et ne pourront pas utiliser la technique d’Apple

Depuis, peu de choses ont changé. iOS 13.5 a été publié le 20 mai avec les API de « notification d’exposition ». Statscounter faisait état d’un taux d’adoption de 2,2 % pour la version 13.5 à la fin de ce mois, et de seulement 37 % pour iOS 13.4, sorti en mars. Les iPhone vendus aussi récemment qu’en 2015 ne peuvent pas exécuter iOS 13, et il faudra probablement attendre la fin de 2020 pour qu’un nombre raisonnable d’utilisateurs utilisent la version 13.5. (En juin 2020, les données d’Apple indiquent que 92 % des appareils exécutent iOS 13, mais elles excluent les appareils de plus de 4 ans.)

Par conséquent, compte tenu de l’importance de l’adoption pour que la technologie fonctionne, il pourrait être envisageable d’explorer l’utilisation des API d’Apple au début de 2021. Peut-être que si le Royaume-Uni n’a pas d’outil reposant sur l’API d’Apple et de Google d’ici quelques mois, on pourrait y voir un retard. (Singapour déploie auprès de sa population des appareils matériels dédiés pour résoudre ce problème.)

Entre-temps, cependant, l’essai sur l’île de Wight est terminé, tout comme les tests des API d’Apple et de Google. Les données ne sont favorables à aucune des deux approches, la London Assembly évoquant des problèmes de distance. La BBC a noté :

Specifically, the software registered about 75% of nearby Android handsets but only 4% of iPhones. By contrast, the Apple-Google model logged 99% of both Android mobiles and iPhones. But its distance calculations were weaker. In some instances, it could not differentiate between a phone in a user’s pocket 1m (3.3ft) away and a phone in a user’s hand 3m (9.8ft) away.

L’accusation de « gaspillage d’argent » est étonnante. Lorsqu’un gouvernement voit mourir ses citoyens, quel prix devrait-il accorder à l’investissement dans la R&D technologique pour sauver des vies ? Aurait-il dû attendre (ou être encore en train d’attendre, en pratique) que la solution d’Apple soit disponible ? S’il avait attendu cela, pour se heurter ensuite à des problèmes de mesure de la distance et d’adoption d’iOS 13.5, dépenser des millions de livres pour voir si une autre approche pouvait fonctionner ne semblerait pas si mauvais. En l’état, la double approche menée par le Royaume-Uni apparaît comme l’étalon-or : ne pas rester les bras croisés à attendre quelque chose des géants de la tech qui pourrait ne pas fonctionner.

Enfin, un nouveau constat se dessine : la technologie ne sera pas la panacée du traçage des contacts. Aucune des approches employées, celle du NHSX comme celle d’Apple et de Google, ne fonctionne aussi bien qu’on l’espérait.

Le problème semble être quadruple :

  • L’adoption (les utilisateurs n’ont pas les mises à jour d’iOS ou le logiciel Android nécessaires pour utiliser la technologie)
  • Les capacités matérielles (les iPhone de 2015 ne peuvent pas exécuter l’application, l’appareil Android moyen dispose d’un Bluetooth de piètre qualité qui ne suit pas bien la distance)
  • La confidentialité (les utilisateurs hésitent à installer les applications ou à leur accorder l’accès, et le fait qu’Apple active le menu de réglages de son système a suffi à provoquer la consternation au Royaume-Uni fin juin)
  • Le comportement (les utilisateurs ne donneront pas nécessairement suite aux exigences de signalement ou de test de la COVID pour que les applications fonctionnent ; en l’état, on s’inquiète déjà de règles de distanciation sociale bien plus simples qui ne sont pas respectées)

Si certains pays ont revendiqué un succès limité avec leurs applications de traçage des contacts, les données sont rares, et la question de savoir si la technologie fonctionne relève désormais clairement d’un récit politique, et non technologique. À mon avis, le mieux que les utilisateurs puissent attendre de ces technologies est une notification d’exposition partiellement exacte, à ne pas confondre avec le traçage des contacts.

Il se peut qu’aucune des deux approches ne soit finalement efficace pour suivre et maîtriser la propagation de la COVID-19, mais il est difficile de contester l’intérêt d’investir dans plusieurs solutions techniques dans l’espoir d’y parvenir.


À propos de l'auteur

Aidan Fitzpatrick

Fondateur, PDG

Aidan a fondé Reincubate en 2008, après avoir créé le premier outil de récupération de données iOS au monde. Depuis, il a fait de l’entreprise l’un des meilleurs éditeurs de logiciels indépendants au monde, travaillant avec des entreprises telles qu’AMD, Qualcomm et HP pour développer des fonctionnalités de machine learning pertinentes pour les logiciels vidéo, à l’image de l’écosystème d’applications Camo. Sous la direction d’Aidan, Reincubate a remporté à quatre reprises la plus haute distinction économique du Royaume-Uni, s’est vu attribuer une place dans le classement 100 Tech du Sunday Times, et a été reconnu par l’industrie avec des nominations aux Apple Design Award et à l’App Store. Ses travaux et ses techniques sont souvent cités dans des articles universitaires consacrés à l’investigation numérique mobile, et il a été invité à intervenir lors d’événements organisés par des entreprises comme Google, Microsoft et Snap.


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